Que savent 10 000 Européens à propos des impacts des changements climatiques sur les océans ?

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Traduit de l’anglais par Melanie Beauchesne.

Nous vivons à une époque où des faits crédibles sur les changements climatiques sont de plus en plus cruciaux, mais aussi souvent menacés par un manque de communication et par la propagation de fausses nouvelles. Comment les scientifiques peuvent-ils savoir de nos jours que leur travail rejoint le public et les informe correctement ?

Un groupe de chercheurs a récemment exploré cette question en interrogeant le public européen au sujet de leurs impressions quant aux impacts des changements climatiques sur les océans afin d’évaluer l’exactitude et le niveau de connaissance des gens. Leur étude, publiée dans Frontiers in Marine Science, a révélé que, bien que les Européens soient généralement bien informés sur les enjeux marins, ils ne saisissent pas les menaces liées spécifiquement aux changements climatiques, comme l’acidification des océans par exemple.

L’étude a recueilli les réponses de 10 000 citoyens issus de 10 pays européens, vivant à la fois sur les côtes et à l’intérieur des terres, ce qui en fait l’examen le plus complet de ce type à ce jour. L’étude divisée en cinq parties principales, couvrait le degré de sensibilisation et de préoccupation des participants à l’égard de menaces maritimes particulières, de leurs notions sur les changements climatiques et en quelles organisations ils avaient le plus confiance pour leur fournir des informations justes.

Ce qui a émergé était que la sensibilisation environnementale des gens représente une véritable mosaïque, dans laquelle la compréhension des impacts climatiques sur les océans est étonnamment faible.

Lorsque les participants ont été invités à décrire ce qu’ils croyaient être les enjeux marins les plus importants, la pollution et la surpêche se sont trouvées en tête de liste – deux problèmes qui, bien que considérables, ne sont pas directement liés aux changements climatiques. En fait, seulement 4 % des 10 000 participants ont explicitement mentionné les changements climatiques comme une préoccupation – bien que des problèmes connexes tels que l’élévation du niveau de la mer et la fonte des glaciers aient été mentionnés.

L’étude a également révélé des lacunes précises en matière de connaissances, jugées particulièrement inquiétantes par les chercheurs. La plupart des répondants ont admis qu’ils avaient une compréhension limitée de l’acidification des océans – l’une des menaces principales des changements climatiques affectant les océans et les espèces qui y vivent. Par ailleurs, 30 % des répondants – qui se qualifiaient de bien informés – croyaient néanmoins que les températures de la mer avaient déjà augmenté de plus de 2 °C ; un scénario qui ne deviendra réalité qu’en 2100 si nous ne réduisons pas les émissions de gaz à effet de serre.

Ces résultats suggèrent que la science ne rejoint pas efficacement le public sur ces questions, affirment les chercheurs. Cela est également problématique parce que des perceptions inexactes des menaces qui pèsent sur les océans pourraient atténuer l’attention et le soutien pour les problèmes plus importants.

En effet, l’étude a également révélé qu’il y a un lien clair entre le niveau de sensibilisation des participants à des problèmes particuliers et les problèmes qu’ils jugeaient dignes d’être soutenus. Lorsqu’on leur a demandé sur quels problèmes maritimes les politiques et la recherche devraient se concentrer selon eux, 57 % ont répondu avec la pollution marine. La deuxième priorité majeure était la surpêche. Un signe d’espoir a toutefois été noté du fait que les participants ont également classé l’engagement des gouvernements en matière de climat comme une priorité.

Les résultats ont également permis de recueillir des données utiles sur la meilleure façon de résumer et cibler les communications scientifiques dans les différentes tranches de la population. Les participants à travers la région ont déclaré que la télévision et l’internet étaient leurs sources d’informations privilégiées, et qu’ils avaient également une nette préférence pour la recherche produite par des institutions universitaires et des ONG. Les scientifiques gouvernementaux, d’autre part, ont été jugés moins dignes de confiance. Sur certains points il y avait aussi une division générationnelle claire : pour atténuer les effets des changements climatiques sur l’océan, les jeunes participants disaient généralement que les gouvernements devraient réduire les émissions de gaz à effet de serre alors que les générations plus âgées favorisaient des efforts plus directs, tels que le renforcement des défenses côtières contre l’élévation du niveau de la mer.

Ce sont là des indications utiles pour la communication scientifique future. Mais, entre-temps, les chercheurs se sont dit être préoccupés par le manque général de connaissances sur les changements climatiques, ce qu’ils considèrent comme un obstacle inquiétant. « Nous sommes à un moment où les décisions prises auront des conséquences irréversibles », explique le coauteur, Carlos Duarte. « Ce niveau de désinformation constitue une énorme vulnérabilité pour la société en général ainsi que pour les générations futures ».

Les chercheurs demandent que d’autres études de cette envergure en matière de connaissances climatique soient entreprises. Entre-temps, les résultats démontrent clairement qu’une meilleure compréhension de la part du public dépendra de la capacité des scientifiques et des médias, à leur tour, à mieux comprendre les individus qu’ils essaient d’informer.

Source: Buckley et. al. “Ten Thousand Voices on Marine Climate Change in Europe: Different Perceptions among Demographic Groups and Nationalities.” Frontiers in Marine Science. 2017.

Image: NASA/JPL-Caltech

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