La conversion des pâturages en prairies pourrait générer des quantités d’énergie étonnantes

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Traduit de l’anglais par Melanie Beauchesne

La conversion des pâturages et des terres agricoles utilisées pour la culture des aliments du bétail comme le maïs et le soja en diverses prairies indigènes, et pour ensuite produire des carburants à partir de ces graminées pourrait fournir beaucoup plus d’énergie dont de nombreux pays ont besoin, selon une nouvelle étude. Les pays en développement dans les régions tropicales en bénéficieraient particulièrement en raison de leurs vastes zones de pâturage, selon l’étude.

En remplaçant les pâturages en prairies pour les biocarburants, 95 pays pourraient produire environ 6,5 milliards de mégawatts-heures d’électricité, 289 milliards de litres d’essence et 424 milliards de litres de diesel. S’ils sont partagés dans le monde entier, ces produits pourraient atteindre 35 %, 23 % et 29 % de la demande mondiale d’électricité, d’essence et de diesel.

De plus, la transition vers les prairies indigènes augmenterait également la biodiversité, la séquestration du carbone, le stockage de l’eau et le contrôle de l’érosion, les biologistes Brian Machovina et Kenneth Feeley écrivent dans la revue Science of the Total Environment.

Bien sûr, il ne serait pas réaliste de prendre en charge tous les pâturages et les cultures fourragères pour les graminées de biocarburants. Mais, les chercheurs affirment, si les gens mangeaient moins de viande ou transitaient vers plus de protéines végétales ou à des sources efficaces de protéines animales telles que le poulet, cela libérerait de grandes superficies de terres arables.

Les biocarburants fabriqués à partir de graminées présentent plusieurs avantages par rapport aux biocarburants courants d’aujourd’hui, soient l’éthanol fait à partir de la canne à sucre et du maïs et du biodiesel provenant du soja et d’autres huiles végétales. Les graminées fournissent 50 % plus d’énergie par hectare que l’éthanol de maïs. Elles peuvent également être cultivées sur des terres en friche ; nécessitent peu ou pas d’engrais ou de biocides ; peuvent stocker plus de carbone dans le sol ; et forment un habitat précieux pour une diversité d’insectes et d’oiseaux.

Les humains utilisent de vastes étendues pour l’élevage du bétail. Un quart des sols de la planète est utilisé pour le pâturage alors qu’un tiers de ses terres arables est utilisé pour cultiver des cultures fourragères.

Machovina et Feeley ont analysé le potentiel de la conversion en prairies des pâturages à travers le monde et des terres agricoles en provenance des États-Unis et du Brésil, en prairies, et la capacité de ces systèmes à répondre aux exigences énergétiques d’un pays.

Ils ont utilisé des données d’inventaire agricole et des données satellites existantes pour créer une carte de pâturages dans 104 pays, et supposé que la moitié des graminées des pâturages pouvaient être récoltées pour les biocarburants. Ils ont également calculé la superficie totale utilisée pour produire des cultures d’aliments de bétail aux États-Unis et au Brésil en utilisant la littérature publiée et les sources de données, et ont estimé le poids de la biomasse qui pourrait être produit si ces terres cultivées étaient converties en prairies.

Enfin, ils ont calculé combien d’électricité ou de carburant liquide synthétique peut être fabriqué à partir de cette biomasse sèche. Pour obtenir un nombre net d’énergie, ils ont soustrait l’énergie utilisée pour récolter, transporter et traiter la biomasse.

Sur les 95 pays ayant un avoir net positif, les 25 pays avec la biomasse la plus récoltable étaient tous situés dans les régions tropicales. Le Brésil menait avec un potentiel de production de 1,4 milliard de mégawatts-heures d’électricité, 61 milliards de litres d’essence et 89 milliards de litres de diesel par année.

En utilisant la biomasse des pâturages, 55 pays pourraient répondre à tous leurs besoins en électricité, 43 pays pourraient produire plus de deux fois leurs besoins en électricité et 22 pays pourraient produire plus de 10 fois leurs besoins. Pour l’essence et le diesel, plus de 40 pays pourraient produire assez pour répondre à toutes leurs demandes, environ 30 pays pourraient produire plus du double de leur demande et une dizaine de pays pourraient produire plus de 10 fois leur demande.

Parmi les pays qui peuvent produire plus de 10 fois leurs besoins en énergie, on trouve de nombreuses nations africaines sous-développées, telles que le Tchad, la Somalie, Madagascar, Angola, la Tanzanie et le Mali.

L’idée, cependant, fait face à plusieurs défis technologiques, économiques et culturels tels que les usines de conversion de la biomasse limitées et la concurrence des combustibles fossiles bon marché. Cependant, les scientifiques écrivent, « le principal facteur limitant de la conversion des pâturages en production de biocarburants est la demande croissante pour les produits d’élevage de ruminants ».

Source: Brian Machovina and Kenneth J. Feeley. Restoring low-input high-diversity grasslands as a potential global resource for biofuels. Science of the Total Environment. 2017.

Photo: CIFOR, Flickr Creative Commons

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