Branchez, allumez, préservez l’eau: ce que les drogues psychédéliques peuvent enseigner dans l’Anthropocène

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Traduit de l’anglais par Juliette Colinas

Cela ne vous surprendra peut-être pas : les gens qui ont consommé des drogues psychédéliques ont tendance à ressentir une certaine connexion avec la nature. Après tout, les drogues psychédéliques partagent un certain héritage avec la culture hippie amante de la Terre mère. Toutefois, une nouvelle étude ajoute au stéréotype un élément intriguant : ce n’est peut-être pas seulement une affaire de hippie. Peut-être y a-t-il quelque chose dans ces drogues qui, indépendamment des dispositions individuelles, nourrit l’amour de la nature et change les comportements envers l’environnement. Peut-être y a-t-il ici une leçon à tirer.

Écrivant dans le Journal of Psychopharmacology, les psychologues Matthias Forstmann de l’Université Yale et Christina Sagioglou de l’Université d’Innsbruck décrivent un sondage effectué en ligne sur 1487 individus tirés de l’ensemble de la population, les interrogeant sur leurs expériences avec les drogues psychédéliques, leur rapport à la nature et leur propension à économiser l’eau, recycler et de façon générale vivre de façon plus responsable envers l’environnement. Ils ont trouvé que l’usage passé des drogues psychédéliques était positivement corrélé à un comportement pro-environnemental ainsi qu’à une perception de la nature comme « constituant une partie essentielle de leur être », dit Forstmann. Les répondants ayant vécu l’expérience chimique se voyaient fréquemment comme « inséparables de la nature ».

Ces relations restaient toujours significatives après la prise en compte des traits de personnalité et des variables démographiques. Les chercheurs écrivent : « Il est peu probable que l’association que nous avons trouvée puisse être entièrement expliquée par une association stéréotypée entre une collection de traits de personnalité et les utilisateurs de drogues psychédéliques (par exemple, être du type ‘hippie’) ». Plutôt, il semble que les drogues, qui du point de vue neurobiologique altèrent la mémoire, la conscience de soi et la perception de façon qui se manifestent souvent comme une sensation d’unité avec le monde dissolvant l’ego, aient des effets qui perdurent longtemps après que leur présence dans le corps se soit dissipée.

Forstmann et Sagioglou mettent en garde du fait que leurs résultats ne sont que de simples corrélations. D’autres études sont nécessaires afin d’établir une relation de cause à effet avec certitude. Et étant donné que les répondants évaluaient eux-mêmes leur comportement pro-environnemental, d’autres études sont également nécessaires afin d’être certain que les anciens utilisateurs de drogues psychédéliques amants de nature recyclent effectivement. Cela dit, la relation observée parait sensée. Plus on se sent proche du monde non humain, plus on devrait vouloir bien le traiter.

Les résultats font partie d’un ensemble de recherches sérieuses sur les drogues psychédéliques. Dans les deux dernières décennies, certains chercheurs cliniciens ont décrit l’utilité potentielle de ces composés pour le traitement de la dépression, de la dépendance et d’autres troubles mentaux. Ces recherches ne font toutefois toujours pas partie du courant dominant; elles font face au scepticisme institutionnel et à des contraintes règlementaires, et puisqu’il est déjà difficile pour les cliniciens des centres de recherche de premier rang de prescrire des drogues psychédéliques pour des problèmes médicaux sérieux, il est difficile d’imaginer qu’elles pourraient être acceptées pour promouvoir la conservation de l’eau et des habitats. Mais là n’est pas la question, disent Forstmann et Sagioglou.

Plutôt, nous pourrions apprendre pourquoi ces drogues ont l’effet qu’elles ont, et ensuite tenter d’appliquer ces leçons de façon plus conventionnelle. Aider les gens à comprendre « leur relation intime et réciproque avec la nature, même sans l’utilisation de composés chimiques, pourrait avoir des effets prometteurs pour la promotion du comportement pro-environnemental », dit Forstmann. Les drogues psychédéliques pourraient ainsi, indirectement, contribuer à nous rapprocher de l’éveil environnemental.

Source: Matthias Forstmann and Christina Sagioglou. « Lifetime experience with (classic) psychedelics predicts pro-environmental behavior through an increase in nature relatedness. » Journal of Psychopharmacology, 2017.

Image: Lori / Flickr

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