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Maintenir le réchauffement à 1,5 degré est passé d’impossible à très difficile

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Traduit de l’anglais par Melanie Beauchesne

Le budget mondial d’émissions de carbone qui reste à disposition pour prévenir un réchauffement de la planète de plus de 1,5 °C pourrait être plus grand qu’on ne le pensait auparavant, ont rapporté hier des chercheurs dans le journal scientifique Nature Geoscience.

Limiter le réchauffement à 1,5 °C est l’objectif « étiré » de l’Accord de Paris de 2015 : les pays qui ont signé l’accord s’engagent à « maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale à un niveau inférieur à 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels et de poursuivre les efforts pour limiter augmentation de la température à 1,5 °C. »

Plusieurs scientifiques ont craint que cet objectif soit inaccessible. Les calculs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans le cinquième rapport d’évaluation de 2013 ont suggéré que le budget de carbone restant pour demeurer sous les 1,5 °C ne représentait que 70 gigatonnes de carbone (GtC). Cela représente moins de sept ans avec les taux d’émissions actuels, mais compte tenu des promesses faites dans le cadre de l’Accord de Paris, la plupart des pays se rapprocheraient des niveaux actuels d’émissions aussi tard qu’en 2030.

Les nouveaux calculs sont plus optimistes. Mais loin d’encourager la complaisance, ils nous demandent d’être plus ambitieux pour lutter contre les changements climatiques. « Maintenir le réchauffement à 1,5 degré est passé d’impossible à très difficile », déclare Joeri Rogelj, membre de l’équipe de l’étude, climatologue à l’Institut international d’analyse de systèmes appliqués à Laxenburg, en Autriche.

Les calculs précédents du budget carbone ont sous-estimé la quantité de dioxyde de carbone émis en raison des activités humaines jusqu’à présent. Cela constituait des écarts légers – mais significatifs – entre les modèles climatiques informatiques et les températures dans le monde réel. Dans la nouvelle étude, les chercheurs ont utilisé trois méthodes différentes pour recalibrer le budget carbone mondial en fonction des émissions réelles et du réchauffement observé.

Ces trois approches fournissent des résultats approximativement similaires. Nous pouvons émettre environ 240 GtC supplémentaires et avoir encore une forte probabilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Ces calculs supposent que nous ferions également des efforts considérables pour contenir d’autres gaz à effet de serre comme le dioxyde d’azote et le méthane. (Si nous ne le faisons pas, le budget du carbone sera évidemment plus faible.)

Le nouveau budget carbone représente environ 20 ans d’émissions actuelles, affirme le chef de l’étude Richard Millar des universités Oxford et Exeter au Royaume-Uni. Ainsi, les émissions devront diminuer en ligne droite jusqu’à 0 au cours des 40 prochaines années. Ou, si nous ne pouvons pas réduire les émissions rapidement, nous devrons utiliser des technologies de capture du carbone pour obtenir des émissions négatives pendant la dernière partie de cette période, explique Millar.

Une autre bonne nouvelle est que les scénarios précédents pour limiter le réchauffement à 1,5 °C d’ici 2100 étaient tous des scénarios de « dépassement », c’est-à-dire que la température moyenne mondiale augmenterait davantage, mais retomberait à la fin du siècle. Mais les nouveaux calculs suggèrent que si nous jouons bien nos cartes, il est probable que le réchauffement maximal ne soit pas supérieur à 1,5 °C.

Cependant, les promesses actuelles que les nations ont faites en vertu de l’Accord de Paris ne suffiront pas à limiter le réchauffement à 1,5 °C – une faille bien connue, au moins parmi les scientifiques du climat. Les nouveaux calculs suggèrent que les pays devraient faire en sorte que leurs cibles d’émissions de 2030 soient 10 % plus faibles qu’elles ne le sont actuellement (et qu’ils continuent de réduire considérablement les émissions après cela) pour atteindre la marque de 1,5 °C.

Les chercheurs font valoir que plus nous tardons à réduire les émissions dans un avenir proche, plus nous aurons à faire face aux incertitudes quant à la mesure dans laquelle le climat va se réchauffer en réponse aux émissions futures ; le point de comparaison approprié pour les températures « préindustrielles » ; et la faisabilité politique, économique et technique de la réduction des émissions plus profondes avec le temps. « À l’inverse, le risque que poserait une atténuation “ trop ambitieuse ” est faible », écrivent les chercheurs, une déclaration qui s’applique assez largement en ce qui concerne les discussions sur les changements climatiques.

Source: Millar RJ et al. “Emission budgets and pathways consistent with limiting warming to 1.5° C.” Nature Geoscience. 2017

 

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