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La nature est l’un des outils les plus sous-estimés pour la réduction du carbone atmosphérique

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Traduit de l’anglais par Juliette Colinas

Une nouvelle étude montre qu’une meilleure gestion des terres dans le monde – à travers la conservation et la restauration des habitats sauvages ainsi que la pratique d’une agriculture plus durable – pourrait nous permettre d’atteindre plus d’un tiers des objectifs d’atténuation des changements climatiques de l’Accord de Paris. La nature n’est peut-être pas l’outil le plus sexy de l’arsenal, mais, concernant le changement climatique, elle a un énorme potentiel. En principe, disent les auteurs, les moyens naturels de remédier au changement climatique pourraient retirer de l’atmosphère 23,8 milliards de tonnes d’équivalents de dioxyde de carbone par an.

La gestion des terres ne reçoit que 2,5 % du budget mondial d’atténuation du changement climatique, note l’équipe internationale de chercheurs dans leur étude publiée dans PNAS. Toutefois, elle a une immense capacité à la fois pour stocker le carbone et pour contrôler les émissions d’autres gaz à effet de serre. Par exemple, les tourbières, qui séquestrent le carbone, si elles ne sont pas perturbées peuvent maintenir confinées n’énormes quantités de gaz à effet de serre. Et un usage plus durable des fertilisants en agriculture pourrait réduire la quantité d’oxyde nitreux relâché dans l’atmosphère, tandis qu’améliorer l’alimentation animale pourrait réduire les énormes quantités de méthane évacuées par les vaches.

Pour chiffrer ce potentiel, les chercheurs ont modélisé 20 options d’amélioration à l’échelle mondiale, qu’ils ont appelées « Solutions naturelles pour le climat » (SNC). Celles-ci incluaient le reboisement des terres déboisées – ainsi que des terres qui ont été converties en pâturages, la restauration des tourbières et des zones humides, l’amélioration de l’alimentation du bétail, et l’intensification des pratiques de conservation en milieu agricole, telles que la plantation d’arbres dans les champs.

Leur modèle incluait des contraintes qui garantissaient que les solutions étaient cohérentes avec les besoins en terre pour la production alimentaire. Avec cette base, ils ont trouvé que les SNC pourraient permettre d’économiser un maximum de 23,8 milliards de tonnes d’équivalents de CO2 par an. Les chercheurs ont ensuite ajouté une contrainte financière au modèle pour s’assurer que les options d’utilisation des terres seraient économiquement viables. Dans ce scénario, les économies annuelles d’émissions atteignaient toujours plus de 11 milliards de tonnes – ce qui correspondrait à 37 % de l’atténuation nécessaire pour limiter l’augmentation de la température à 2°C.

Le reboisement et la conservation des forêts à l’échelle mondiale avaient les plus grands impacts : à eux seuls, les arbres pourraient permettre de réduire de 7 milliards de tonnes les émissions annuelles. De meilleures pratiques agricoles ont également un énorme potentiel : des méthodes telles que l’amélioration de la gestion du bétail et de l’utilisation des fertilisants contribueraient à 22 % des réductions d’émissions calculées par les chercheurs dans leur étude.

Ils notent qu’une large proportion (environ 42 %) du reboisement potentiel dans leur modèle dépend de la restauration de terres qui sont actuellement en pâturages. Et pourtant, atteindre cet objectif nécessiterait que seulement 4 % des pâturages à travers le monde soient reboisés, ce qui serait possible si nous réduisions la quantité de viande dans notre alimentation au profit d’aliments à base de plantes.

Dans l’ensemble, les estimations de l’étude sont prudentes. L’étude n’incluait pas d’autres méthodes d’atténuation pour lesquelles les données sont limitées, telles que la réduction du labour des terres agricoles afin de préserver le carbone dans le sol, ainsi que la gestion améliorée du fumier afin de réduire les émissions de méthane. Ajouter ces mesures pourrait donc mener à des économies d’émissions encore plus grandes.

Les chercheurs préviennent qu’il vaut mieux ne pas retarder l’adoption des solutions basées sur la gestion des terres. En donnant un aperçu de ce qui est nécessaire et possible – aussi vaste et ambitieux que soit cet aperçu, ils espèrent que l’étude va stimuler la mise en place de politiques conçues à l’échelle des pays pour protéger et restaurer les habitats, et améliorer les pratiques agricoles. Selon l’auteur de l’étude, Justin Adam, « une meilleure gestion des terres est absolument essentielle pour lutter contre le changement climatique ».

Source : Griscom et. al. « Natural Climate Solutions. » Proceedings of the National Academy of Sciences. 2017.

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