L’écologisation post-catastrophe pourrait refléter un échec de la politique publique, et non un triomphe de la nature

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Les défenseurs de la nature urbaine voient souvent la croissance de la végétation à la suite d’une catastrophe naturelle ou d’une désindustrialisation de façon romancée, comme si la nature « reprenait » la ville. Mais la vérité est plus complexe, ont rapporté des chercheurs le mois dernier dans la revue Ecosphere.

Ils ont analysé la croissance de plantes dans huit quartiers de La Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina le 29 août 2005. Les pluies et les ouragans ont provoqué des inondations et une rupture de digue qui ont causé plus de 1 500 morts et 125 milliards de dollars de dégâts. Certaines zones sont restées sous l’eau pendant trois mois ; après la disparition des eaux, des dizaines de maisons et de commerces endommagés ont été démolis et de nombreux propriétaires ont abandonné leurs terrain en quittant la ville.

Peu d’études ont examiné comment les catastrophes naturelles influencent les communautés végétales urbaines. Cette nouvelle recherche montre que les modèles de la végétation actuelle de La Nouvelle-Orléans ne reflètent pas les effets directs de l’ouragan Katrina, mais plutôt les politiques de gestion du paysage en réponse à la tempête.

Ces politiques sont façonnées par – et renforcent – les disparités économiques et raciales de longue date dans la ville. Ainsi, dans les quartiers pauvres avec une forte proportion de résidents noirs, le verdissement post-Katrina de La Nouvelle-Orléans reflète un échec de la politique publique, pas un triomphe de la nature, affirment les chercheurs.

Ils ont analysé la couverture végétale avec l’aide de photographies aériennes de La Nouvelle-Orléans prises avant la tempête en janvier 2004, immédiatement après en octobre 2005 et après quelques années de rétablissement en octobre 2013. Ils ont également inventorié des arbres, des arbustes et des plantes herbacées en parcelles de 180 à 400 mètres carrés à travers la ville. Finalement, ils ont utilisé les données du gouvernement pour lier les modèles de végétation aux conditions socio-économiques et à l’abandon des terres à la suite de la tempête.

Comme prévu, le degré de perturbation de Katrina – la différence entre les photos de janvier 2004 et d’octobre 2005 – était le plus élevé dans les quartiers à plus basse altitude, soit Lakeview et Gentilly, et les plus proches des brèches, soit le 9e arrondissement et la rue St Bernard Parish.

Mais la plus grande expansion de la couverture végétale, comme en témoignent les photos d’octobre 2013, a eu lieu dans des quartiers moins aisés avec des taux élevés de démolition, d’abandon des terres et des propriétés d’État après Katrina : la zone basse et la zone supérieure du 9e arrondissement et St Bernard Parish. Cette découverte correspond au récit de la nature qui reprend la ville, mais avec un rebondissement : la restauration n’est pas uniquement motivée par des événements physiques, mais aussi par des disparités socio-économiques.

Le type de végétation diffère également d’un quartier à l’autre. Indépendamment de l’altitude, les quartiers plus riches de La Nouvelle-Orléans avec une proportion plus élevée de résidents blancs ont tendance à avoir plus d’arbres, d’arbustes d’ornement et de pelouse. Les quartiers plus pauvres avec plus de résidents noirs ont tendance à avoir peu d’arbres, beaucoup d’arbustes envahissants et de mauvaises herbes et pelouses non entretenues.

Les parcelles non entretenues et envahissantes dans les quartiers pauvres des Noirs reflètent le plus grand nombre de parcelles abandonnées et le faible taux de récupération des logements dans ces zones. De plus, la végétation envahissante tend à perpétuer ces problèmes. Bien que la végétation désordonnée sur les terrains vagues puisse avoir des avantages écologiques, comme de rafraîchir la zone environnante et de fournir des ressources aux oiseaux chanteurs, elle sert également d’habitat pour les ravageurs comme les rats et les moustiques, attire les décharges illégales d’ordures et réduit la sécurité. Une telle végétation peut être un « fléau vert » qui nuit davantage aux perspectives de rétablissement des zones défavorisées, disent les chercheurs.

Cependant, la gestion des terres par les autorités locales peut modifier ces trajectoires. La zone basse du 9e arrondissement et certaines parties de la paroisse adjacente de St Bernard Parish, à l’extérieur des limites de la ville, ont toutes deux subi les mêmes effets du bris de la digue et de l’inondation pendant Katrina, ainsi que l’abandon des terres et la baisse de population. Mais les autorités de la paroisse St Bernard Parish ont adopté une approche plus pratique des terres abandonnées, créant de vastes étendues d’herbe ressemblant à des parcs et contrôlant les mauvaises herbes et les espèces envahissantes. À La Nouvelle-Orléans, les équipes de travail de la ville ne maintiennent que des terrains vacants appartenant à l’État, ce qui donne lieu à une mosaïque de parcelles ordonnées et envahies par les mauvaises herbes dans le 9e arrondissement. (En partie, l’hésitation de la ville reflète la controverse sur les programmes de réhabilitation post-Katrina et de récupération dans la zone basse du 9e arrondissement et ailleurs, notent les chercheurs.)

La ville de La Nouvelle-Orléans prend maintenant des mesures pour remédier à ces problèmes en améliorant l’entretien et en créant des « infrastructures vertes » sur les terres abandonnées. Plus globalement, cette étude de l’expérience post-Katrina de la ville offre des leçons pour d’autres villes émergeant de catastrophes naturelles. « Nos résultats suggèrent que, tout comme les stratégies de récupération plus traditionnelles (par exemple, la restauration des services publics et d’autres services), la gestion proactive du paysage est essentielle pour ancrer et soutenir le rétablissement du quartier suite à des cataclysmes », écrivent les chercheurs. « Accorder une haute priorité à l’entretien de la végétation à la suite d’une catastrophe majeure peut sembler malavisé, mais nos résultats indiquent que l’intervention précoce et l’entretien par les organismes publics peuvent offrir des avantages à long terme pour les communautés en voie de rétablissement ».

Source: Lewis JA et al. “Socioecological disparities in New Orleans following Hurricane Katrina.” Ecosphere. 2017

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