L’agriculture biologique peut-elle nourrir la planète de manière durable?

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Traduit de l’anglais par Juliette Colinas

Si nous développions considérablement l’agriculture biologique à travers le monde, nous pourrions réduire l’utilisation des pesticides et des engrais, réduire les émissions de gaz à effet de serre, et nourrir la planète, selon une nouvelle étude publiée dans Nature Communications. Mais cela s’accompagne de conditions : afin de compenser pour le fait que l’agriculture biologique requiert beaucoup plus de terres agricoles, il nous faudrait combiner celle-ci avec, à l’échelle mondiale, une réduction du gaspillage alimentaire et une augmentation du végétarisme.

Ce n’est qu’avec cette approche à trois volets que l’agriculture biologique pourrait nourrir neuf milliards d’humains de façon durable d’ici 2050, indique l’étude.

L’agriculture biologique a longtemps été contestée en tant que solution aux problèmes environnementaux associés à l’agriculture. Si elle promeut des méthodes pour une agriculture durable, telles que l’exclusion des pesticides et des engrais synthétiques, elle requiert également beaucoup plus de terres que l’agriculture conventionnelle afin de compenser pour les rendements plus faibles. Les chercheurs ont donc voulu explorer des scénarios dans lesquels l’agriculture biologique pourrait répondre à la demande alimentaire mondiale tout en minimisant les impacts.

D’abord, ils ont modélisé les effets qu’aurait la conversion des terres agricoles conventionnelles à l’agriculture biologique sur une panoplie d’indicateurs environnementaux et de production alimentaire. Ensuite, ils ont séparément pris en compte deux autres changements hypothétiques au système alimentaire mondial : une diminution du gaspillage alimentaire et une diminution de la production de cultures fourragères, comme le soja et le maïs. (Cette dernière mesure réduirait la quantité de terres requises pour produire la nourriture des animaux, mais nécessiterait une diminution du nombre de bêtes et, par conséquent, une alimentation moins carnée à l’échelle mondiale.)

Simplement de passer à une agriculture entièrement biologique nécessiterait entre 16 et 33 % de terres supplémentaires d’ici 2050. Cette expansion causerait jusqu’à 15 % d’augmentation de la déforestation d’ici 2050, avec la hausse des émissions des gaz à effet de serre associée. Ce scénario est une source de craintes majeure par rapport à l’agriculture biologique.

Cependant, si elle s’accompagnait d’une baisse du gaspillage alimentaire et d’une réduction de la production d’aliments pour animaux, la perte catastrophique de terres associée à l’agriculture biologique pourrait être compensée par cette plus grande efficacité de production alimentaire. « Par exemple, un système alimentaire qui combinerait 60% de production biologique, 50% de moins de nourriture pour animaux qui ne fait pas la concurrence à la nourriture pour les humains et 50% de réduction du gaspillage alimentaire nécessiterait peu de terres supplémentaires », expliquent les chercheurs.

Une conversion totale à 100 % d’agriculture biologique permettrait également de réduire la demande en énergie non renouvelable de 27%, principalement grâce à la réduction de la production d’engrais synthétiques. Cela contribuerait à compenser les émissions de gaz à effet de serre résultant de l’utilisation accrue des terres. Et bien sûr, dans l’ensemble, il y aurait une diminution de l’utilisation des pesticides et une réduction des ruissellements d’azote provenant des engrais.

Les critiques de l’étude ont néanmoins émis des réserves quant à ses conclusions hypothétiques : comme c’est souvent le cas avec les modèles, il est difficile d’extrapoler les données au monde réel et à sa diversité. Cela est particulièrement notable dans ce cas, où la faisabilité de l’agriculture biologique dépend étroitement de la lourde tâche de réduire considérablement la consommation mondiale de viande.

Mais les chercheurs soulignent le message principal de l’étude : si nous adoptions une vision plus holistique de nos systèmes alimentaires, qui prendrait en compte le gaspillage alimentaire et la consommation de viande, l’agriculture biologique pourrait nourrir la planète sans nécessiter de vastes étendues de terres additionnelles. Comme le disent les auteurs, la production alimentaire future devrait « relever les défis en lien avec la consommation, et ne pas se concentrer uniquement sur la production durable ».

Source: Muller et. al. “Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture.” Nature Communications. 2017.

Image: via Pixabay

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