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Le déclin des grands herbivores risque d’engendrer un Anthropocène moins verdoyant

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Traduit de l’anglais par Juliette Colinas

Les paysages naturels ne naissent pas spontanément. Une forêt, par exemple, est l’œuvre d’un travail collectif : d’innombrables générations de plantes récoltent des nutriments du sol, puis des animaux – en particulier les herbivores – mangent ces plantes et, en déféquant, répandent leurs nutriments au loin. Littéralement, ces animaux fertilisent la planète. Si nous souhaitons un futur plus verdoyant, il est grand temps d’apprécier leur travail.

« Les grands herbivores sont particulièrement importants pour la dispersion des nutriments essentiels », écrit Christopher Doughty, un écologiste de l’Université de Northern Arizona, dans une étude publiée dans Nature Ecology & Evolution. Il suggère que les grands herbivores de l’ère glaciaire « ont peut-être augmenté les concentrations de nutriments à l’échelle continentale » – un service écologique hérité au cours des millénaires et mis en péril par le déclin continu de ces animaux.

Des recherches antérieures ont décrit le rôle des animaux dans la redistribution des nutriments et ont également souligné l’importance des grands herbivores, dont la lente digestion leur permet de parcourir de longues distances avant de déféquer, et donc de fertiliser de vastes étendues de terres. Cependant, jusqu’à maintenant il avait été difficile de quantifier précisément leurs contributions à l’échelle du paysage.

Pour étudier cela, Doughty a analysé la composition d’échantillons de charbon, qui est formé de matières végétales et animales fossilisées, provenant de deux périodes géologiques : le Pennsylvanien, soit il y a environ 300 millions d’années et alors que les grands herbivores n’étaient pas encore apparus, et le Crétacé, qui a débuté il y a un million d’années et dans lequel se retrouvait toute une ménagerie de dinosaures herbivores gigantesques. Si les grands herbivores sont en effet d’importants transporteurs de nutriments, a raisonné Doughty, les signatures chimiques de ces gisements de charbon devraient indiquer des compositions différentes du sol.

C’est exactement ce qu’il a trouvé. Les nutriments importants pour les plantes et les animaux, tels que le magnésium, le phosphore, le calcium et le potassium, étaient plus élevés de 136% dans les sols du Crétacé que dans les sols du Pennsylvanien – selon Doughty, cela représenterait l’héritage des sauropodes qui se nourrissaient dans les milieux humides des plaines inondables, et de leur piétinement du sol à l’intérieur des terres. Bien que ces espèces soient éteintes, les mêmes principes écologiques s’appliquent encore aujourd’hui – quoique de façon inquiétante.

« Aujourd’hui, il y a peu de gros animaux capables de distribuer des éléments nutritifs à travers les paysages, et aussi nous limitons ce mouvement avec des clôtures », explique Doughty. « La perte de nutriments est un processus lent, mais présentement nous affamons nos écosystèmes en nutriments clés. » Il estime que les extinctions et les pressions de chasse au cours des 12 000 dernières années ont réduit les flux contemporains de nutriments de plus de 90 %.

En plus de cette réduction générale, l’absence de grands herbivores voyageant sur de longues distances signifie que les nutriments peuvent être répartis de manière inégale. « Les distributions de nutriments deviendront de plus en plus inégales », dit Doughty. « Certaines zones auront trop de nutriments, provoquant l’eutrophisation, et d’autres en auront trop peu ». Les conséquences exactes ne sont pas encore connues, mais cela conduira probablement à des changements à long terme de l’abondance et de la distribution des plantes. Les sols de l’Anthropocène ne pourront probablement pas nourrir une végétation aussi riche.

« Les populations de grands herbivores sauvages sont actuellement à leur plus bas niveau historique ; par conséquent, nous sommes en train de perdre un service écosystémique clé », écrit Doughty. « Nous devrions mettre particulièrement l’accent sur la conservation des grands animaux restants. »

Source: Doughty, Christopher E. « Herbivores increase the global availability of nutrients over millions of years. » Nature Ecology & Evolution, 2017.

Image: Sarah / Flickr

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