L’Inde expérimente de façon audacieuse afin de rendre la protection des forêts rentable

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Traduit de l’anglais par Juliette Colinas

Un des grands espoirs de la conservation moderne est de rendre la nature inexploitée rentable, ou du moins qu’elle prenne une valeur économique. Cela s’est avéré jusqu’à présent difficile à réaliser, du moins à grande échelle – mais un nouveau système conçu par le gouvernement indien, qui permettrait de payer les États pour la préservation de leurs forêts, semble prometteur.

« Les États indiens ont maintenant un intérêt financier substantiel à protéger et restaurer les forêts », écrivent les experts en politique de l’environnement Jonah Busch et Anit Mukherjee du Center for Global Development dans une analyse publiée dans Conservation Letters. Le programme de l’Inde, qui redistribue l’argent des impôts fédéraux aux États en fonction de la quantité de forêts qu’ils possèdent, est le premier du genre « et un modèle potentiel pour d’autres pays ».

Payer pour la conservation de l’environnement n’est pas une idée nouvelle en soi. Une approche bien connue consiste en ce qu’on appelle les paiements pour les services écosystémiques, dans lesquels les utilisateurs d’une ressource comme l’eau remboursent les personnes qui protègent les écosystèmes qui la produisent. Un autre exemple est REDD +, abréviation pour la réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts plus la conservation, un fonds international pour les pays payeurs visant à réduire la déforestation. Le programme indien de transferts fiscaux écologiques pour les forêts diffère toutefois par plusieurs aspects importants.

Le plus important est le flux d’argent du gouvernement central vers l’État, qui permet au programme d’utiliser des systèmes établis pour la redistribution fiscale au lieu de concevoir une infrastructure bureaucratique à partir de zéro. « Les gouvernements peuvent simplement ajouter des forêts à une formule », dit Busch, « plutôt que d’en créer une entièrement nouvelle ». Puisque les paiements proviennent des impôts fédéraux, le flux de financement est potentiellement vaste, contrairement aux systèmes de paiement des services écosystémiques existants. Busch et Mukherjee disent que le système de l’Inde aide également à remédier à l’une des lacunes de la REDD +: relier les mesures incitatives d’échelle nationale à celles d’échelle locale.

Avant le déploiement du système en Inde en 2015, des transferts budgétaires écologiques avaient été tentés à des échelles assez petites au Portugal et au Brésil, où des paiements avaient été effectués pour des habitats officiellement protégés. Les paiements de l’Inde, qui sont basés sur des analyses satellites de la couverture totale des arbres, englobent non seulement quelques zones particulières, mais l’ensemble du pays, et sont donc d’une étendue immense. Entre 2015 et 2019, écrivent Busch et Mukherjee, le gouvernement déboursera environ 9,5 milliards de dollars par an, ce qui portera la valeur de la forêt à environ 245 dollars par hectare.

« Cette échelle de financement éclipse la plupart des précédents programmes de paiements environnementaux conditionnels pour les forêts tropicales, en matière de financement total et de dollars par hectare », écrivent-ils. Et bien qu’il soit trop tôt pour dire quel effet le programme a – leur propre évaluation suggère une diminution des taux de déforestation, mais un autre ensemble de données indique une augmentation – le potentiel est clairement grand.

Il reste des problèmes à résoudre. Il y a toujours un fossé entre les paiements au niveau de l’État et les activités domestiques : il n’est pas garanti qu’une communauté protégeant ses propres forêts recevra une part des revenus. Et les analyses satellites du Service Forestier Indien ne font pas encore de distinction entre les forêts naturelles intactes et les plantations d’arbres, créant ainsi une échappatoire évidente pour tirer profit de l’intention du système de protéger la biodiversité et d’atténuer les changements climatiques.

Cela dit, le nouveau programme représente une opportunité de « convaincre les décideurs politiques du gouvernement que l’augmentation de la protection et de la restauration des forêts peut être un investissement public rentable », écrivent Busch et Mukherjee. Maintenant que la déforestation est la deuxième cause des émissions de gaz à effet de serre, le besoin d’innovations systémiques est évident – et si l’expérience de l’Inde fonctionne, elle pourrait être reproduite dans le monde entier.

Source: Busch, Johan and Mukherjee, Anit. « Encouraging State Governments to Protect and Restore Forests Using Ecological Fiscal Transfers: India’s Tax Revenue Distribution Reform. » Conservation Letters, 2017.

Image: Addison Berry / Flickr

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